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27/10/2007

Réforme des Retraites

Ce devait être le grand rendez-vous social du président de la République. Les uns parlaient depuis plusieurs semaines d'une fin de l'état de grâce qui, telle la ligne d'horizon, semble pourtant s'éloigner au fur et à mesure que l'on s'en rapproche. Les autres annonçaient un blocage de la France semblable à celui qu'a connu le pays à la fin de l'année 1995. On en passe et des meilleurs ou plutôt des pronostics bien pires.
 
Bien sûr jeudi 18 octobre les bénéficiaires des régimes spéciaux sont parvenus à la fois à bloquer leur entreprise, à gêner toute l'économie française et à rendre la vie impossible à « tous ceux qui se lèvent tôt ». Bien sûr pendant les quelques jours qui ont suivi ce test social, les scories de ce mouvement ont continué de gêner notamment les Parisiens. Mais tout de même on est bien loin de 1995. Et l'on comprend aisément la satisfaction à peine masquée de Nicolas Sarkozy dès le lendemain de cette « journée noire ».
 
Certes, la messe n'est pas encore complètement dite. Mais il semble que la fissure ouverte dans le front syndical à travers les concessions apportées à la Fédération des agents de conduite a sérieusement entamé la capacité de nuisance des « camarades » les plus accrochés au maintien de leurs régimes spéciaux. Désormais les négociations vont reprendre au sein de chaque entreprise publique, sous la vigilance étroite de Raymond Soubie à l'Élysée. Mais risquons-nous, nous aussi, à des pronostics. Primo : le pire est passé. Secundo : il n'y aura pas d'épreuve de force comme celle vécue par le gouvernement Juppé. Et tertio : la réforme des régimes spéciaux aura bien lieu, comme promis.
 
Il reste que le chef de l'État et ses conseillers vont devoir faire preuve jusqu'au bout d'une fermeté, qu'ils ont incarné jusqu'ici plus facilement par le verbe que par les actes. Il ne s'agit pas d'emporter le morceau face aux syndicats à n'importe quelle condition. Même si Nicolas Sarkozy, considère que « seule la victoire est belle » ! Encore faut-il que cette bataille remportée face aux tenants des régimes spéciaux soit aussi celle des deux motifs qui justifient depuis des années cette réforme : la notion d'équité, d'une part et l'impératif économique, d'autre part.
 
Or les premières concessions accordées aux agents de conduite, ont beau avoir été déterminantes pour que ce mouvement social dure moins de quarante-huit heures, elles sont très préoccupantes sur ces deux aspects. D'abord parce qu'elles reconnaissent toujours le droit à un conducteur de train de partir en retraite à 50 ans, en utilisant, pour cela un « compte épargne-temps ». Or, il n'est pas certain que les 16 millions de salariés du secteur privé comprennent bien « ce cadeau » fait sans justification et surtout sans souci de cette équité qui fonde le pacte social français. Ensuite parce que sur le plan financier, les primes, qui jusqu'ici n'étaient pas comptées pour le bénéfice de la retraite, vont être incorporées. In fine, cela signifie qu'un conducteur de TGV pourra toujours après 2009 partir en retraite à 50 ans - même si officiellement ce n'est plus la règle - et qu'en outre, il verra les conditions financières de sa pension consolidées. À ce prix, on comprend aisément que la Fédération des agents de conduite se soit désolidarisée aussi vite des autres centrales syndicales.
 
Mais ces concessions auxquelles ont poussé les « mous » de l'Élysée, c'est-à-dire Henri Guaino et Raymond Soubie, sont loin de faire l'unanimité. Y compris à Matignon où François Fillon a toujours défendu, à juste titre, en accord avec Claude Guéant un langage de fermeté. Avec un but et un seul : parvenir à une réforme complète et entièrement réussie. À l'inverse du texte sur le service minimum qui - faut-il le rappeler ? - ne parle ni de service ni de minimum ! À l'inverse aussi de la pseudo-réforme des universités, qui a vu la pauvre Valérie Pécresse abandonnée en rase campagne par son propre camp au mois de juillet dernier. Et ne parlons pas des mesures fiscales adoptées par la nouvelle majorité, et qui relèvent toutes d'un mauvais compromis.
 

 
Bien sûr certains objecteront que si Nicolas Sarkozy n'avait pas monnayé avec la CGT la réforme des statuts d'EDF comme il l'a fait quand il était à Bercy, notre électricien national ne serait pas aujourd'hui très avancé. Ou bien que s'il n'avait pas fait autant de tactique, sa stratégie de réforme globale du pays ne servirait aujourd'hui à rien. L'argument se défend, même si, comme l'affirme de jolies boutades, les compromis sont des mots qui commencent bien mal et qui « font de bons parapluies et de mauvais toits ».
 

Aussi subtile soit la tactique utilisée, aussi judicieuse soit la manière de diviser le front syndical, aussi satisfaisant soit le chemin accompli si rapidement, il ne faudrait pas que les concessions faites à cette remise à plat des régimes spéciaux en fassent disparaître tout le bénéfice économique. Et il faudrait encore moins que le sentiment « d'iniquité » ressenti par la France « non protégée », celle dont Nicolas Sarkozy a si bien parlé pendant sa campagne électorale, persiste après ces petits arrangements corporatistes. Il en irait de la crédibilité même du discours sur le thème de « la rupture ». Il y a une époque où Paris valait bien une messe. Aujourd'hui le pays mérite des réformes efficaces. Des réformes sans combinaisons.

 

Le Figaro 23 octobre 2007 

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