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24/04/2007

Ségolène Royal : les dernières cartes

Dimanche soir. La discussion du bureau national extraordinaire du PS a déjà commencé lorsque le portable de Jean-Louis Bianco sonne. C'est Ségolène Royal, en son fief de Melle (Deux-Sèvres). La candidate socialiste s'entretient rapidement avec l'un des deux codirecteurs de sa campagne sur le message qu'elle veut faire passer à la direction du parti réunie. Quelques instants plus tard, à l'invitation de François Hollande, Bianco prend la parole: «Elle nous demande de dire qu'elle est courageuse et déterminée, et qu'elle connaît des chefs d'Etat et de gouvernement.» Un ange passe. Sans un mot, le premier secrétaire poursuit son tour de table.

© R.Duvignau/REUTERS


 

Le score de Ségolène Royal était censé lui assurer la crédibilité qui lui faisait défaut. Las! l'écart creusé par Sarkozy «gomme» presque sa performance

Les éléphants, Laurent Fabius au premier rang, Dominique Strauss-Kahn au fond de la pièce, ont déjà discuté avec leurs proches des interventions télévisées prévues pour la soirée. Ségolène Royal a bien essayé d'imposer que parlent en son nom des membres de son équipe, rédigeant une liste manuscrite des personnes qu'elle souhaitait voir s'exprimer le 22 avril sur les plateaux de télé - en vain: les émissions sont prêtes depuis plusieurs semaines et les grands noms du socialisme ont négocié sans passer par le QG du boulevard Saint-Germain leur participation aux débats. On ne leur a rien demandé, qu'importe: ils ont des choses à dire! Dur combat, celui que Ségolène Royal aura mené jusqu'au bout contre des gens qui la méprisent, et qu'elle-même, pour tout dire, n'a jamais appréciés. Ils n'ont pas compris sa campagne, trop baroque, ils ont constamment brouillé une communication déjà compliquée par les hésitations de la candidate elle-même, et finalement, ils se sont imposés contre son gré pour commenter sa qualification. Avec leurs phrases à eux, quand elle aurait voulu faire entendre ses mots à elle…

L'écart de plus de 5 points qui séparait Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy au soir du 22 avril (près de 2 millions de voix) a pris, pour les socialistes, des allures d'abysse. Fermant les yeux afin d'échapper au vertige, ils préféraient tous, dimanche, insister sur le ralliement des «petits candidats» de la gauche, Arlette Laguiller, Marie-George Buffet ou encore Dominique Voynet, face à un héros de l'UMP jugé «très isolé»: ni Philippe de Villiers ni Jean-Marie Le Pen n'ont donné ce soir-là de consigne de vote. «Sarkozy est seul, Ségolène est au moins cinq!» soulignait vaille que vaille un ancien ministre socialiste. Insistant: «Qualifiée pour le 6 mai, elle avait sur le cœur un poids qui vient de sauter. Avec son sérieux, avec son langage, elle va faire une seconde campagne dans la continuité de la première, en reprenant à son compte un certain nombre des critiques de François Bayrou, qui dénonçait la volonté de concentration des pouvoirs de Nicolas Sarkozy.»

Une seconde campagne dans la continuité de la première? Il y a quelques jours à peine, l'entourage de la candidate socialiste affirmait qu'une aube nouvelle se lèverait au matin du 23 avril, et que commencerait un combat sans rapport avec le précédent. Son score était censé lui assurer la légitimité et la crédibilité qui lui ont fait défaut jusqu'ici - las! l'écart creusé par Sarkozy «gomme» presque la performance de Ségolène Royal, qui fait aussi bien, pourtant, que François Mitterrand en 1981. Du coup, au PS, on redoute que cet écart ne démobilise nombre d'électeurs, soucieux, avant le 22 avril, de qualifier la gauche pour le second tour, mais convaincus, dès dimanche soir, d'avoir perdu la manche décisive.

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