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24/04/2007

Le second tour...

Arithmétiquement, la présidentielle semble jouée. C'est donc seulement politiquement que peut basculer le scrutin d'ici au second tour. Puisque plus de 37 millions de personnes se sont déplacées le 22 avril, le résultat dépend désormais moins de la séduction des abstentionnistes que des reports de voix.

Le comportement des électeurs de Bayrou

François Bayrou rêvait déjà, en 2002, d'être le faiseur de roi. Cette fois encore, malgré sa performance, il ne pourra jouer le rôle, victime de la mobilisation intense de l'électorat sarkozyste. Comme souvent, c'est le député européen Jean-Louis Bourlanges qui a résumé le mieux la situation, d'une formule limpide: «Bayrou a les clefs du second tour entre les mains, mais il ne peut pas s'en servir.» Le président de l'UDF le faisait remarquer dimanche soir: jamais il n'a utilisé l'expression de «consigne de vote». Il sait qu'un candidat n'est pas propriétaire de ses voix, et lui sans doute encore moins que les autres - c'est sa posture politique qui a attiré quelque 6,8 millions de suffrages, et non l'adhésion à un programme.

© Idé


Avoir réussi l'amalgame des voix centristes, des voix protestataires ainsi que de celles des déçus des deux camps est une prouesse électorale; donner une cohérence pérenne à son action est un défi qui devrait empêcher Bayrou de pencher d'un côté ou d'un autre d'ici au 6 mai. Son indépendance est à ce prix. Mais l'existence d'un groupe à l'Assemblée nationale, quand le scrutin majoritaire des législatives imposera sa logique de bulldozer, répond à d'autres considérations. Si le candidat centriste a réussi à s'éloigner de sa base pour y gagner un poids personnel, les députés actuels de l'UDF pourront-ils prendre le risque de divorcer de leur électorat local? Selon les sondages effectués le 22 avril, entre un tiers et la moitié des électeurs de Bayrou choisiraient Nicolas Sarkozy au second tour.

Le report des voix lepénistes vers Sarkozy

En 2007, les partisans de Jean-Marie Le Pen se retrouvent dans un schéma classique d'affrontement droite-gauche. Comme en 1988 et en 1995. Une différence de taille: le candidat de droite s'appelle cette fois Nicolas Sarkozy, et non Jacques Chirac.

En 1988, 65% des électeurs frontistes, majoritairement issus des rangs de la droite, avaient voté Chirac au second tour. Ils n'étaient que 51% en 1995. Le Pen avait, alors, beaucoup progressé dans l'électorat de gauche, notamment ouvrier. En 2007, le report en faveur de Sarkozy devrait être excellent. D'après les enquêtes réalisées au soir du premier tour, il oscille entre 60%, pour BVA, et 83%, selon l'Ifop. La stratégie du président de l'UMP de récupérer les électeurs lepénistes pourrait donc fonctionner aussi bien au second tour qu'au premier. «Traditionnellement, la moitié de notre électorat se reporte sur le candidat de droite. Avec Sarkozy, qui a fondé toute sa campagne sur nos thèmes, 60% de report me paraît un minimum», analyse Eric Iorio, l'un des experts électoraux du FN.

Une inconnue demeure: dès lors que l'on s'approche du noyau dur de l'électorat lepéniste, quelle sera l'ampleur d'un vote «révolutionnaire» en faveur de la gauche? La consigne que donnera le vieux chef, le 1er mai, sera d'autant plus écoutée qu'elle s'adressera aux fidèles. Dimanche, la plupart des frontistes, à commencer par leur président, voyaient déjà Sarkozy élu. «C'est notre intérêt, explique un proche, car c'est la seule façon de montrer aux Français qu'il ne fera pas ce qu'il a promis. Tant qu'il continuera à faire illusion, le FN aura un grave problème.» Avant de conclure, consterné: «En réalité, le second tour nous échappe.»

Les réserves de la gauche de la gauche

© Idé

Les socialistes ont beau se féliciter du soutien des candidats trotskistes, communiste, altermondialiste et écologiste, comment pourraient-ils faire oublier que ces forces totalisent moins de 11% des suffrages exprimés? Même si Ségolène Royal veut espérer un excellent report de voix, jamais, depuis trente ans, les réserves du PS sur sa gauche n'ont été si maigres. En 1995, Lionel Jospin pouvait encore compter sur plus de 17%. En 1981 et en 1988, la quasi-totalité de l'électorat PC avait plébiscité François Mitterrand. Il y a vingt-six ans, le Parti communiste pesait 15% des suffrages. Aujourd'hui, il n'atteint pas les 2%. «En l'état, le PC n'aura pas plus de quatre députés aux élections législatives de juin, pronostique un élu PS: Marie-George Buffet et Patrick Braouezec, en Seine-Saint-Denis, Alain Bocquet, dans le Nord, et un élu en Paca…»

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